DEVINETTE

Publié le par estuaristide




Quel rapport entre Gilles Clément,


l’installation dans le hall d’entrée du restaurant scolaire du Lycée Aristide Briand 


et l’opération « le printemps dans l’assiette »?

 

 

 

 
 

Art et commande publique

 

La commande en art permet à des artistes de développer des projets ambitieux. Le principe de la commande est au cœur de la Biennale Estuaire 2009. L’ensemble du dispositif pédagogique et artistique qui aboutit à l’installation dans le hall du self est à comprendre au sein des problématiques présentes dans cette biennale. Plus particulièrement, c’est approche du travail de Gilles Clément sur le toit de la base sous-marine de Saint Nazaire qui a été visée. La question de la commande est également un point important du programme de terminale de l’option arts plastiques.

 

 

Relation Lycée-Collège

 

Ces raisons ont poussé les professeurs d’arts plastiques du Collège Jean Moulin et du Lycée Aristide Briand à organiser des rencontres entre les élèves de troisième et de terminale afin de vivre de l’intérieur une expérience à propos de la commande en art.

 

Les élèves d’une classe de troisième du Collège Jean Moulin répondent ici à une commande, formulée par les élèves de terminale, s’inscrivant elle-même dans un projet plus vaste intitulé « le printemps dans l’assiette ».

 

Le printemps dans l’assiette est une opération d’information sur des questions diététiques accompagnée de dégustation de produits, menée du 11 au 15 mai 2009 au sein du Lycée.

Cette année, le thème retenu est « le pain et le fromage ».

 

 

A partir des discussions avec l’équipe organisatrice (Diététicienne, Cuisinier, Intendant, Infirmière, CPE) et les élèves de terminale, les points suivants ont été fournis aux collégiens, en guise de cahier des charges :

 

 

Principal objectif de la commande :

 

Transformer l’espace pour signaler un événement, obliger les utilisateurs à s’arrêter pour profiter des informations et des produits proposés.

 

 

 

Contraintes :

 

Le dispositif ne doit pas empêcher la circulation des élèves et des personnels, mais la ralentir.

 

Il n’est pas demandé d’illustrer le thème.

 

Le dispositif sera éphémère.

 

La mise en place devra être facile et rapide (éviter les fixations au mur ou au plafond).

 

Un écran lumineux sera présent dans le hall, de même que des tables pour déposer les pains, les fromages et des informations (à moins que ces supports soient intégrés dans le dispositif.

 

 

 

 

ORIENTATIONS pour amorcer la réflexion :

 

Rallonger le chemin, contraindre à un parcours par des obstacles.

 

Une attention particulière sera accordée à la couleur.

Des couleurs trop vives ou trop diversifiées permettront-elles de mettre en valeur les produits proposés à la dégustation ?

 

La transformation de l’espace doit animer, réchauffer le hall particulièrement austère.

 




Les collégiens sont arrivés avec un projet bien défini le jeudi 7 mai :

Un chemin constitué de plaques de mousse, afin de ralentir la marche.

 

Sur place, ils ont trouvé un ensemble d’objets et de matériaux inattendus, sortis des dépôts et ateliers divers du Lycée.

 

Ces matériels ont été proposés en raison du parallèle qu’on peut établir avec ce que Gilles Clément appelle les délaissés, c'est-à-dire les espaces où l’homme imprime peu sa marque : interstices, friches, bords de route, … là où se développe le Tiers-Paysage. Ignorés, invisibles si on n’y prête pas attention, ces territoires maintiennent une grande diversité biologique. Gilles Clément y voit les possibilités pour notre planète d’y ressourcer ses richesses.

En attente d’une utilisation hypothétique ou d’un abandon définitif aux outrages du temps, les objets mis à l’écart concentrent une sorte de mémoire du Lycée. Les collégiens  les ont détournés de leur fonction première, avec l’intention d’évoquer cette utilisation, mais sans jamais la permettre. Ne pas permettre de s’asseoir, par exemple, pour éviter l’engorgement du hall. Les objets retrouvent une nouvelle vie, par le jeu des mises en scènes, des rencontres, des orientations et des associations.

 

Un autre aspect du travail de Gilles Clément peut être évoqué ici. Gilles Clément propose souvent dans ses réalisations la mise en œuvre d’un jardin en mouvement, c'est-à-dire un jardin où le jardinier ne programme pas tout à l’avance, où des graines apportées par le vent ou les oiseaux sont observées et favorisées par  l’homme.

Les élèves ont proposé des mises en scène, les projets et les idées diverses ont fait l’objet de discussions. Les projets ont évolué au fil de l’après-midi, guidés par les professeurs. Tel élève qui au départ pensait encore qu’il fallait illustrer le thème du pain et du fromage a fini par comprendre que les enjeux du projet se situaient ailleurs. Tel autre, qui reprochait le manque d’esthétique, est reparti conscient de la priorité du sens sur l’esthétique.

Les objets ont été en mouvement tout au long de la séance de travail. Les esprits aussi.

 

Ce n’est donc pas une « belle » décoration que les élèves ont réalisée. Si tel pouvait être encore leur but au départ, les va et  vient entre action (pédagogie en mouvement…) et réflexion les font déboucher ici sur une proposition qui n’est pas close. Elle va maintenant à la rencontre d’un public, celui d’usagers qui vont se voir perturbés dans leurs habitudes. Habitudes d’utilisation d’espace au quotidien, mais aussi habitudes de penser l’art qui risquent, elles-aussi, d’être déstabilisées.

 

Peut-être y a-t-il des mauvaises herbes dans ce jardin d’objets. Des intentions n’ont peut-être pas toutes trouvé leur aboutissement.

C’est avec une certaine fierté, mais aussi avec beaucoup de modestie que les collégiens vous laissent maintenant vivre cette semaine un peu particulière.

 

Les élèves de terminale iront le jeudi 14 mai installer une production plastique au collège Jean Moulin. Sur présentation d’un projet, les collégiens proposeront un espace à investir. Ce sera le volet complémentaire de cette opération.

 

 

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Publié dans art

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