DECOUVERTE DES ŒUVRES D’ESTUAIRE 2009
Le 9 juin et le 10 juin 2009, 150 élèves de seconde, première et terminales du Lycée Aristide Briand ont parcouru l’estuaire de la Loire en autocar, accompagnés par des médiateurs culturels. Après avoir abordé tout au long de l’année certaines œuvres spécifiques, ou le projet de biennale dans ses aspects plus généraux en classe de Français, d’Histoire et de Géographie, de Philosophie et d’Arts Plastiques, et épaulés par le Centre de Documentation du Lycée, ils ont pu se confronter aux œuvres dans leur contexte d’implantation.
Le texte qui suit a été écrit par un groupe d’élèves de secondes de l’option Arts Plastiques à l’issue de cette visite.
FRAGMENT D’UN DIALOGUE IMAGINAIRE
ENTRE UN CONVAINCU ET UN SCEPTIQUE
- J’ai beaucoup aimé les différentes œuvres proposées tout au long de l’estuaire.
- Comment ? Ces œuvres ne possédaient aucun lien entre elles et elles étaient totalement futiles !
- Je ne suis pas d’accord avec toi. Ces œuvres sont différentes par leur aspect, mais se ressemblent malgré tout par leur but.
- Mais c’était quoi leur but ?
- -C’est de recréer un lien entre les habitants et l’estuaire. L’art répond aux attentes des gens quand un artiste comme Kinya Maruyama intègre une piste de skate-board à la demande des jeunes de Paimboeuf, par exemple.
- Oui, mais que dire de l’œuvre de Jimmie Durham, ce tuyau rouge qui se confond avec le paysage industriel et qui ne fait que le rendre un peu plus laid encore ?
- Au contraire, celui-ci est spécial. Peint en rouge, il appelle le regard. Il se détache du contexte industriel. Il acquiert une autre fonction.
- Laquelle ? Je ne vois justement aucune fonction à ce tuyau, plongé dans l’eau d’un côté, et l’autre extrémité suspendue dans l’air…
- Tu peux y voir plusieurs sens. Cela peut être compris comme une allusion aux variations du niveau du fleuve avec les marées, ou bien comme une métaphore de la disparition de l’eau consommée à outrance par l’industrie. Ou alors, c’est une sorte de monstre du Loch Ness transposé dans la Loire…
- Tu as beau m’expliquer, je ne vois toujours pas le sens qu’il a, ce tuyau.
- Chaque personne perçoit différemment une œuvre. Je ne veux donc pas trop te juger, mais quand même, ta vision de l’art est à mon goût trop extrême.
- Quand même, tu admettras que le pendule de Roman Signer, c’est juste un truc qui se balance sur une vielle structure industrielle. Je ne saisis vraiment pas l’intention de l’artiste.
- Il me semble que ce pendule évoque le temps qui passe, il accompagne la dégradation de la centrale béton et de tout ce qui l’entoure. Il fait écho aussi à l’écoulement du fleuve à proximité et au mouvement des marées.
- Dans ce sens-là, ça peut s’expliquer. C’est donc ça qu’on appelle une œuvre in situ ?
- Absolument.
- Et le bateau d’Erwin Wurm ? Je me demande ce qu’il fait là. Il doit avoir hâte de retrouver l’eau !
- Justement, « Est-ce que les objets ont une âme ? » semble nous dire Erwin Wurm.
- Je ne vois pas.
- Mais si ! Le bateau nous raconte un peu l’histoire du canal de la Martinière. Fermé en 1913, seulement 20 ans après sa construction, et transformé en cimetière de bateaux, le canal ne joue plus le rôle pour lequel il était prévu de permettre aux navires de remonter la Loire jusqu’à Nantes malgré l’envasement de l’estuaire. Le bateau d’Erwin Wurm veut s’échapper de ce qui est devenu une prison, retrouver le fleuve, et, qui sait, la mer.
- Je n’aurais jamais pensé à cette interprétation.
- Et les architectures du Carnet ? Tu avais l’air enthousiaste !
- C’était divertissant, mais je n’ai pas ressenti la dimension artistique de ces constructions.
- Je pense qu’il faut y voir une dimension sociale et psychologique. On réfléchit à nos choix. C’est un peu plus complexe, je l’avoue.
- Tu veux dire que certaines de ces habitations pourraient être rapprochées du problème des sans-logis ?
- Oui, c’est ça. Tu vois, tu commences à trouver tout seul des réponses à tes questions !