L'Estuaire de la Loire candidat au patrimoine mondial

Publié le par estuaristide

 Article publié dans Ouest-France du 24 avril 2009

Exclu du site « paysage culturel du Val de Loire » en 2000, l'Estuaire de la Loire veut se porter candidat au « patrimoine mondial de l'humanité ». Il faudra prouver qu'il possède une « valeur universelle exceptionnelle ».

Entretien

Daniel Baillon, conseiller pour la culture à la Commission française pour l'Unesco

La ville de Nantes travaille actuellement sur une candidature de l'Estuaire de la Loire au patrimoine mondial de l'Unesco. Une fois le consensus local établi, entre Nantes, Saint-Nazaire, et sans doute avec la Région, qui décidera de cette candidature ?

Une ville, une région peuvent manifester le désir de figurer sur la liste du patrimoine de l'Unesco. La décision finale de faire acte de candidature revient à l'État. Le dossier est d'abord présenté au comité des biens français, qui l'étudie. Et propose, ou non, de l'inscrire sur la liste indicative de la France. Une sorte de « réservoir de candidats », si vous voulez.

Et ensuite, le véritable travail commence ?

Vient alors l'étape de mobilisation des énergies pour constituer le dossier. Il faut en effet trouver le consensus politique local et surtout identifier des experts pour établir la valeur universelle exceptionnelle du site.

Il ne suffit donc pas d'avoir chez soi un monument, une oeuvre, un site exceptionnels ?

L'inscription est devenue une affaire lourde. Il ne suffit pas de proclamer qu'un lieu est remarquable. Avec l'Unesco, il faut prouver le caractère exceptionnel du site. Et ensuite présenter un plan de gestion. Les responsables locaux doivent veiller à la préservation des qualités pour lesquelles un site a été inscrit, et l'Unesco manifeste à cet égard une vigilance de plus en plus grande.

L'Estuaire de la Loire a-t-il des chances d'être un jour classé ? Cela peut-il passer par une extension du paysage culturel du Val de Loire ?

La constitution d'un dossier prend plusieurs années. Dans le cas d'une extension de territoire, l'État doit présenter cette proposition comme si c'était une nouvelle proposition d'inscription. Le comité des biens français peut proposer jusqu'à deux sites par an. Il y a du monde sur les rangs, avec des dossiers déjà déposés.

Ainsi, les deux dossiers qui seront présentés en juin 2009, à Séville, seront les Causses et les Cévennes, ainsi que l'oeuvre architecturale et urbaine de Le Corbusier. En 2010, la France présentera la cité épiscopale d'Albi et les pitons, cirques et remparts de La Réunion.

Rochefort-sur-Mer est elle aussi bien placée, avec son arsenal et les fortifications de l'estuaire de la Charente. Quelles sont les chances d'un site comme l'Estuaire de la Loire ?

Le dossier du Val de Loire proposait une vision globale et concertée, fondée sur l'identité d'un territoire largement déterminée par la présence des châteaux.

Si l'Estuaire de la Loire souhaitait faire acte de candidature, il faudrait aux porteurs du projet définir l'identité du site, qui n'est sans doute pas de même nature que celle des châteaux de la Loire.

La notion même de patrimoine a d'ailleurs beaucoup évolué, passant d'une conception centrée sur les monuments à une vision beaucoup plus englobante. Les élus sont souvent confrontés à des enjeux complexes, qu'il n'est pas facile d'appréhender. Mais c'est notre rôle de les y aider.

Au fond, quel intérêt, pour une ville, une région, de figurer dans le patrimoine mondial de l'Unesco ?

Au-delà de la reconnaissance de la qualité d'un site, des répercussions en terme de fierté locale ou des retombées touristiques, la constitution du dossier oblige les collectivités à réfléchir sur elles-mêmes. Elle les amène à concevoir des plans de développement en réunissant l'ensemble des forces locales, et à développer de nouvelles visions de leur territoire.

 

Recueilli parDaniel MORVAN.

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Publié dans Estuaire de la Loire

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